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Pollinisation : à trop faible récompense, mauvais résultat

communiqué de presse du 24 août 2012

Un papillon, pollinisateur naturel du pétunia, passe moins de temps sur les lignée de fleurs qui lui offrent moins de nectar en récompense. Conséquence : la plante voit sa production de graines réduite. C’est le principal résultat d’une étude réalisée avec le soutien du Pôle de recherche national (NCCR) Survie des plantes et entreprise par Anna Brandenburg, biologiste aux universités de Berne et Neuchâtel. Publié e dans la revue Current Biology , cette recherche sera également évoquée durant le congrès sur les Solanacées SOL 2012 qui se tien t du 26 au 30 août à l’Université de Neuchâtel.
 
Le nectar joue un rôle central dans la plupart des relations entre plantes et pollinisateurs. Il sert à récompenser le service rendu par ces visiteurs qui transportent la semence de la plante. Dans la nature, certaines espèces d’orchidées ne respectent toutefois pas ce pacte tacite. La plante fait ainsi l’économie de ressources énergétiques qu’elle peut utiliser dans d’autres structures à son propre avantage : gagner en croissance, produire davantage de graines ou améliorer ses défenses contre des ravageurs.
 
Mais est-ce que cette pollinisation à « prix réduit » peut marcher pour des plantes cultivées, dans la perspective d’en augmenter à terme le rendement ?  Anna Brandenburg a choisi de tester cette hypothèse sur le pétunia, une plante modèle idéale pour des applications maraîchères, car elle appartient à la même famille – celle des Solanacées – que la pomme de terre ou la tomate.
 
Pour cette recherche, la biologiste a réussi à créer, après de multiples croisements, des lignées de pétunia produisant un volume de nectar trois fois inférieur à celui du standard Petunia axillaris. A première vue, la plante s’en sort gagnante, puisqu’en pratiquant une pollinisation manuelle, Anna Brandenburg a observé que les plantes à nectar réduit produisaient davantage de graines (20% à 30% de plus) que P. axillaris.
 
Tout change cependant sitôt que les pollinisateurs naturels entrent en jeu. Les sphinx du tabac (Manduca sexta) passent nettement moins de temps à se désaltérer sur les fleurs leur offrant une moindre récompense, ce qui a pour conséquence de réduire considérablement la quantité de graines produites. Ainsi, un simple geste « égoïste » du sphinx du tabac, en l’occurrence une réduction du temps de désaltération sur les fleurs, suffit à freiner la prolifération des pétunias « tricheurs ».
 
La situation est cependant réversible. Car en ajoutant du nectar aux variétés de fleur qui en produisent moins, Anna Brandenburg est parvenue à retenir davantage l’attention des pollinisateurs. Les sphinx du tabac restant plus longtemps sur la plante, la quantité de graines produites correspond à celle que la biologiste avait obtenue en procédant à une pollinisation manuelle.

 

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Contacts

Dr Anna Brandenburg
Institute of Plant Sciences / Uni Bern
Laboratoire d’éco-éthologie / Uni Neuchâtel
 
Tel. +41 31 631 4952

 

Petunia and Manduca sexta

(c) Alexandre dell'Olivo

 

References
 
Anna Brandenburg, oral presentation, 29 August, SOL 2012, University of Neuchâtel.
 
Anna Brandenburg, Cris Kuhlemeier, and Redouan Bshary, Hawkmoth Pollinators Decrease Seed Set of a Low-Nectar Petunia axillaris Line through Reduced Probing Time, Current Biology, 26 July 2012. doi:10.1016/j.cub.2012.06.058