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Projet FNS

Poésie et parodie

La problématique dans laquelle s’inscrit le présent projet se situe à la croisée de la poétique et de l’histoire littéraires. Il s’agit de définir et d’analyser le statut de la parodie dans la poésie française de la seconde moitié du xix e siècle à travers les pratiques, d’une part, de Théodore de Banville (1823-1891) et, d’autre part, d’Albert Glatigny (1839-1873), Charles Cros (1842-1888) et Tristan Corbière (1845-1875).
 
Tous sont en effet les auteurs d’une œuvre poétique dans laquelle la parodie occupe une place importante : Banville a composé, en plus de nombreux poèmes « à la manière de », deux recueils de poèmes parodiques, les Odes funambulesques et les Occidentales ; Glatigny a parodié de nombreux poèmes de Hugo dans ses Gilles et Pasquins, qui lui servent à faire la satire de personnages de l’actualité littéraire et politique de l’époque ; Cros a participé à deux recueils de parodies et de pastiches célèbres, l’Album zutique et les Dixains réalistes ; quant à Corbière, il n’a publié qu’un seul ouvrage poétique, Les Amours jaunes, mais dans lequel de très nombreux poèmes s’avèrent des parodies.
 
Sachant que la parodie est un texte (texte parodique) qui transforme un autre texte (texte parodié) dans un but comique, ludique ou satirique, les deux recherches s’attacheront d’abord à identifier les parodies et leur modèle – si Hugo, écrivain le plus parodié du xix e siècle, est leur cible majeure, d’autres hypotextes peuvent être identifiés. L’enquête portera ensuite sur le type de transformations opérées sur les textes cibles, de façon à constituer une poétique du poème parodique qui pourra être mise en relation avec celle d’autres parodistes de l’époque. Enfin, on analysera les effets visés par les poètes à travers leurs parodies : si Banville et Glatigny mettent clairement la parodie au service de la satire du champ culturel de leur époque (raillerie des institutions littéraires, de la presse, du monde du spectacle…) et se situent dans une position d’hommage envers leurs modèles, Corbière et Cros ont des intentions moins évidentes, parmi lesquelles une volonté de dérision et de dévaluation à l’égard des textes parodiés.

La problématique dans laquelle s’inscrit le présent projet se situe à la croisée de la poétique et de l’histoire littéraires. Il s’agit de définir et d’analyser le statut de la parodie dans la poésie française de la seconde moitié du xix e siècle à travers les pratiques, d’une part, de Théodore de Banville (1823-1891) et, d’autre part, d’Albert Glatigny (1839-1873), Charles Cros (1842-1888) et Tristan Corbière (1845-1875). Tous sont en effet les auteurs d’une œuvre poétique dans laquelle la parodie occupe une place importante : Banville a composé, en plus de nombreux poèmes « à la manière de », deux recueils de poèmes parodiques, les Odes funambulesques et les Occidentales ; Glatigny a parodié de nombreux poèmes de Hugo dans ses Gilles et Pasquins, qui lui servent à faire la satire de personnages de l’actualité littéraire et politique de l’époque ; Cros a participé à deux recueils de parodies et de pastiches célèbres, l’Album zutique et les Dixains réalistes ; quant à Corbière, il n’a publié qu’un seul ouvrage poétique, Les Amours jaunes, mais dans lequel de très nombreux poèmes s’avèrent des parodies.

Sachant que la parodie est un texte (texte parodique) qui transforme un autre texte (texte parodié) dans un but comique, ludique ou satirique, les deux recherches s’attacheront d’abord à identifier les parodies et leur modèle – si Hugo, écrivain le plus parodié du xix e siècle, est leur cible majeure, d’autres hypotextes peuvent être identifiés. L’enquête portera ensuite sur le type de transformations opérées sur les textes cibles, de façon à constituer une poétique du poème parodique qui pourra être mise en relation avec celle d’autres parodistes de l’époque. Enfin, on analysera les effets visés par les poètes à travers leurs parodies : si Banville et Glatigny mettent clairement la parodie au service de la satire du champ culturel de leur époque (raillerie des institutions littéraires, de la presse, du monde du spectacle…) et se situent dans une position d’hommage envers leurs modèles, Corbière et Cros ont des intentions moins évidentes, parmi lesquelles une volonté de dérision et de dévaluation à l’égard des textes parodiés.

Enjeux de recherche actuels

A travers les cas de Banville, Glatigny, Cros et Corbière, notre projet vise un quadruple but. Le premier consiste à approfondir l’articulation poésie-parodie, trop négligée dans la mesure où la poésie est considérée comme un discours sérieux et essentiellement « monologique » (Bakhtine). De ce point de vue, les conceptions des parodistes étudiés sont intéressantes car fort variées : Banville veut inventer une « nouvelle langue comique versifiée », qui tienne à la fois de la caricature et de la poésie. Glatigny utilise la parodie pour rendre hommage à ses « maîtres » en littérature, principalement Hugo et Banville lui-même. Cros la pratique dans le cadre de cénacles littéraires, tandis que Corbière en fait une entreprise de destruction, d’antipoésie, de « déchant ».

Notre travail permettra également de repenser le rapport de la poésie parodique de cette époque au romantisme et à Hugo, hypotextes privilégiés. Là aussi, nos auteurs se complètent puisque Banville et Glatigny sont dans une position d’hommage et de reconnaissance, tandis que la démarche de Cros est plus ambiguë et que Corbière attaque violemment Hugo et les topoï  romantiques.

Il s’avérera également important d’analyser les rôles respectifs des mouvements littéraires « officiels » (le Parnasse, le Symbolisme) et des groupes qui se veulent en marge des institutions (bohèmes, « Vilains Bonshommes », « Hydropathes », « Zutistes », etc.) dans la constitution d’une littérature parodique. Sur ce point également, la confrontation des différents poètes est intéressante : Banville et Glatigny sont impliqués dans le Parnasse, Charles Cros est omniprésent dans les cénacles fin-de-siècle à l’humour « fumiste » alors que Corbière, tout en restant un franc-tireur, est plutôt du côté de la bohème et a entretenu avec des poètes comme Rimbaud et Verlaine des rapports qui restent à éclaircir.

Enfin, un dernier axe nous permettra de situer la poésie parodique par rapport aux autres genres de la parodie qui se développent dans la seconde moitié du xix e siècle : parodies dramatiques, récits parodiques (Moralités légendaires de Laforgue par exemple), productions des revues satiriques et des cabarets tels que Le Chat Noir, caricature…, ce qui amènera à des questions comme celles de l’originalité (peut-on être original en étant parodiste ?), du statut des parodistes dans le champ littéraire ou de la situation de la parodie dans l’échelle des valeurs littéraires.

Etat de la recherche et perspectives

La parodie a été longtemps négligée par les études littéraires. L’acception péjorative courante du terme de parodie (« parodie de procès », « parodie d’élections », etc.) et l’idée répandue qu’une œuvre parodiant une autre œuvre ne le fait que dans la perspective d’un rabaissement et d’une dévalorisation expliquent dans une certaine mesure ce désintérêt à l’égard d’une activité littéraire qui a été pourtant couramment pratiquée depuis l’Antiquité. Evoquée, mais non définie, par Aristote, la parodie n’a pas été considérée comme un véritable genre à l’époque classique et elle a été plutôt rangée dans le domaine des figures de rhétorique (en tant que transformation ponctuelle d’une unité de discours reconnaissable). Si le xix e siècle s’y est intéressé – elle entrait dans son refus de l’imitation classique et sa revalorisation du grotesque –, il ne l’a pas théorisée pour autant, et il faut attendre le xix e siècle et la fin des années soixante pour voir les poéticiens francophones se pencher sérieusement sur la notion de parodie. Tzvetan Todorov et Julia Kristeva traduisent alors en français et font connaître les travaux d’un certain nombre de « Formalistes russes » (dont Mikhaïl Bakhtine, Victor Chklovski et Iouri Tynianov) qui mettaient l’accent sur les rapports que toute œuvre littéraire entretient avec les œuvres qui l’ont précédée ou qui lui sont contemporaines. En 1982, Gérard Genette publie un ouvrage capital : Palimpsestes. La littérature au second degré, essai qui envisage les formes possibles de ce qu’il appelle l’hypertextualité, c'est-à-dire « toute relation unissant un texte B à un texte antérieur A sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle du commentaire ». En dressant un tableau très complet des différentes activités de réécriture qui se rencontrent dans la littérature au second degré et en clarifiant la terminologie et les définitions de ces pratiques (parodie, pastiche, travestissement burlesque, etc.), Palimpsestes a joué un rôle considérable dans ce domaine de la recherche, devenant un outil de référence majeur pour la poétique et la critique littéraires.

Une recrudescence d’intérêt semble en revanche se manifester à partir des années 2000 et se préciser ces dernières années. En effet, une série de colloques internationaux ont été organisés sur la parodie et plusieurs monographies reprenant la question de la parodie et du pastiche du point de vue de la poétique et de l’histoire littéraire ont vu le jour récemment, dont La Relation parodique (2007) de Daniel Sangsue et l’essai sur l’Histoire du pastiche publié par Paul Aron (2008).

En ce qui concerne les auteurs étudiés, il faut noter qu’aucun d’eux n’a fait l’objet de monographies du point de vue spécifique de la parodie, alors que d’autres poètes qui leur sont contemporains comme Rimbaud, Verlaine ou Laforgue, et qui ont aussi largement pratiqué la parodie, ont fait l’objet d’un certain nombre d’études. Les participations de Verlaine et Rimbaud à l’Album Zutique ont d’ailleurs quelque peu éclipsé celle de Charles Cros. Ces auteurs méritent donc qu’on analyse leur œuvre de façon plus approfondie dans la perspective de la parodie, et c’est à cette tâche-là que s’attellera notre recherche.

  • ·         Ouvrages sur la parodie (et ses notions connexes)

Aron, Paul, Histoire du pastiche, Paris, PUF, 2008.

Bakhtine, Mikhaïl, L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, trad. A. Robel, Paris, Gallimard, 2010 [1970].

Bouché, Claude, Lautréamont. Du lieu commun à la parodie, Paris, Larousse, coll. « Thèmes et textes », 1974.

Bouillaguet, Annick, L’Écriture imitative. Pastiche, parodie, collage, Paris, Nathan, coll. « Fac », 1996.

Compagnon, Antoine, La Seconde main, Paris, Éditions du Seuil, 1979.

Dentith, Simon, Parody, London, Routledge, coll. «The New Critical idiom», 2005.

Dousteyssier-Khoze, Catherine, Zola et la littérature naturaliste en parodies, Paris, Eurédit, 2004.

Dousteyssier-Khoze, Catherine, Place-Verghnes, Floriane (éds), Poétiques de la parodie et du pastiche de 1850 à nos jours, Berne, Peter Lang, 2006.

Duisit, Lionel, Satire, parodie, calembour. Esquisse d’une théorie des genres dévalués, Saratoga, Anma Libri, 1978.

Duval, Sophie, Martinez, Marc, La Satire, Paris, Armand Colin, 2000.

Genette, Gérard, Palimpsestes. La Littérature au second degré, Paris, Éditions du Seuil, 1982.

Grojnowski, Daniel, La Muse parodique, Paris, José Corti, 2009.

Hannoosh, Michele, Parody and Decadence : Laforgue’s Moralités légendaires, Colombus, Ohio State University Press, 1989.

Hutcheon, Linda, A Theory of Parody. The Teachings of Twentieth-Century Art Forms, Urbana, University of Illinois, 2000.

Rose, Margaret A., Parody: Ancient, Modern, and Post-modern, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.

Sangsue, Daniel, La Relation parodique, Paris, José Corti, 2007.

Schneider, Michel, Voleurs de mots. Essai sur le plagiat, la psychanalyse et la pensée, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient », 1985.

Todorov, Tzvetan, Mikhaïl Bakhtine, le principe dialogique, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1981.

  • ·         Articles sur la parodie (et ses notions connexes)

Abastado, Claude, « Situation de la parodie », Cahiers du 20e siècle, n°6, 1976, p. 9-37.

Hutcheon, Linda, « Ironie, satire, parodie », Poétique 46, avril 1981.

Sangsue, Daniel, « La parodie, une notion protéiforme », dans Du pastiche, de la parodie et de quelques notions connexes, P. Aron (dir.), Québec, Éditions Nota bene, 2004.

  • Liens

o   Site sur la parodie littéraire : http://www.site-magister.com/parodi.htm

o   Site consacré à Théodore de Banville : www.mta.ca/Banville

o   Site de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes :

http://etudes-romantiques.ish-lyon.cnrs.fr/

o   Accès aux numéros de la revue Romantisme :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/revue/roman

« La Fourmi et la cigale » (Théodore de Banville)

 

     Laure, belle entre les grasses,

     Qui porte avec mille grâces

          Les diamants,

     Sans jamais en être vaine,

     Trouve qu'elle a trop de peine

          Et trop d'amants.

 

     Elle dit: Je me fatigue

     De tout ce luxe prodigue,

          De tous ces ors.

     Tout cela, c'est trop d'affaire,

     Et je ne sais plus que faire

          De mes trésors.

     Chacun a la fantaisie

     De goûter à l'ambroisie

          De mes baisers.

     Ils arrivent des deux pôles,

     Et les lys de mes épaules

          En sont usés.

 

     Ils me disent trop de phrases.

     D'ailleurs, j'ai trop de topazes

          Et de rubis.

     Faut-il donc les mettre en poudre,

     Ou, plus simplement, les coudre

          Sur mes habits?

 

     Telle se désole, en prose,

     Laure, pareille à la rose

          Qui resplendit.

     Elle se moque d'un prince

     Et d'un banquier. Mais la mince

          Irma lui dit:

 

     Je n'ai rien dans mon armoire,

     Car les satins et la moire

          Se vendent cher,

     Et si, l'hiver, je frissonne,

     C'est que j'ai sur ma personne

          Trop peu de chair.

 

     Si les faiseurs de tapages

     Ont mis trop d'or sur les pages

          De ton roman,

     Ne jette pas tout, ma belle,

     Dans les boîtes de Poubelle,

          Et donne-m'en!

« Le poète et la cigale » (Tristan Corbière)

 

Un poète ayant rimé,

            IMPRIMÉ

Vit sa Muse dépourvue

De marraine, et presque nue :

Pas le plus petit morceau

De vers... ou de vermisseau.

Il alla crier famine

Chez une blonde voisine,

La priant de lui prêter

Son petit nom pour rimer.

(C’était une rime en elle)

— Oh ! je vous paîrai, Marcelle,

Avant l’août, foi d’animal !

Intérêt et principal. —

La voisine est très prêteuse,

C’est son plus joli défaut :

— Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?

Votre Muse est bien heureuse...

Nuit et jour, à tout venant,

Rimez mon nom.... Qu’il vous plaise !

Et moi j’en serai fort aise.

 

Voyons : chantez maintenant.